Les expositions de Paul Bocquet — Une vie dans la lumière champenoise
Paul Bocquet (1868–1947) fut un peintre d’une discrétion presque obstinée. Il n’eut jamais à Paris d’exposition d’ensemble dans une grande galerie, ce point de départ de toute réputation nationale. Il vécut dans la pudeur, dans ce refus instinctif de la réclame qui fut à la fois sa force et la limite de sa notoriété. Pourtant, tout au long de sa vie, son œuvre fut régulièrement présentée au public — à Paris, à Reims, en province — et toujours avec la même exigence tranquille.
Les Salons de la Société Nationale des Beaux-Arts (1892–1939)
La première grande scène de Paul Bocquet fut le Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts, fondé en 1890 au Champ de Mars par Puvis de Chavannes, Rodin et Meissonier — en rupture avec le Salon officiel des Artistes Français. C’est là que ses deux maîtres, Alfred Roll et Puvis de Chavannes, exposaient.
En 1892, Roll lui annonce le 31 mars l’acceptation de ses quatre paysages de Togny : Laveuses au Ruisseau, Sous-bois l’Hiver, Coin de Jardin — Effet de Neige et Souvenir — Intérieur de Cour. C’est sa première grande exposition parisienne. Il a vingt-trois ans, il tremble encore d’émotion. Sous-bois l’Hiver est reproduit dans le catalogue du Salon.
L’année suivante, en 1893, il est nommé Associé de la Société Nationale — distinction accordée par ses pairs, qui marque une reconnaissance officielle et durable. Il expose Vieil Intérieur de Cour à Erquy, reproduit dans le catalogue.
Il présentera des œuvres au Salon de la Nationale presque chaque année jusqu’en 1939 — soit près d’un demi-siècle de fidélité à cette institution. Parmi les toiles les plus remarquées : Vallée de Saint-Pierre-Aigle (1897), La Guenelle et le Pré (1898), Bords de la Marne, le Matin, en Octobre (1907), et ses séries de la Vesle en hiver dans les années 1909–1914. En 1941, il envoie encore une Vesle au Bois d’Amour, l’une de ses dernières participations parisiennes.
Les expositions régionales à Reims et en Champagne
Parallèlement aux Salons parisiens, Paul Bocquet exposa régulièrement dans sa ville natale, Reims, au sein de la Société des Amis des Arts.
Dès octobre 1892, il y présente plusieurs toiles au retour de son premier voyage en Bretagne — dont notamment le portrait de sa sœur Juliette. La critique rémoise, encore réservée face à sa manière impressionniste, commence cependant à s’y intéresser.
En septembre 1896, quatre de ses toiles figurent à l’Exposition Régionale des Beaux-Arts de Châlons : Vieux Pommier, Soir en Champagne, Lever de Lune en Plaine de Champagne, Matinée d’Hiver. Henri Bernard, dans l’Union Républicaine, y salue “ces toiles lumineuses et claires, qui donnent très exactement l’impression, on pourrait dire la sensation de la nature”.
L'Exposition de l'École des Arts Industriels de Reims (1897)
En septembre 1897, Paul Bocquet participe à une exposition collective des Beaux-Arts et des Arts Industriels organisée dans les salles de l’École Régionale de la rue de Talleyrand. Il y présente quatorze toiles — sa première grande exposition à Reims — couvrant toutes ses années précédentes : Bretagne, Champagne, Lorraine, Saint-Pierre-Aigle. On peut y voir notamment Vallée de Saint-Pierre-Aigle, Moulin à Vent de Saint-Briac, Pleine Mer à Saint-Briac ou encore Coucher de Soleil en Champagne.
La réception est mitigée dans la presse locale, peu accoutumée à la lumière divisée de sa palette. L’Indépendant Rémois juge qu’il “pousse trop loin l’amour de la lumière”. Il faudra du temps à Reims pour apprivoiser son impressionnisme champenois.
L'Exposition de la Salle des Rois (1908)
En octobre–novembre 1908, dans le cadre d’une grande exposition des Beaux-Arts organisée Salle des Rois à Reims, Paul Bocquet expose aux côtés d’Émile Barau et d’Émile Wéry — dont il contribue lui-même à l’organisation et à l’installation. Il présente douze tableaux accompagnés du portrait du Docteur J.-B. Langlet, récemment peint. Des artistes venus de Paris participent également, parmi lesquels Dagnan-Bouveret, Jeanniot et Lhermitte. Des auditions musicales hebdomadaires accompagnent l’exposition.
La Galerie Mars-Antony (1911)
En octobre 1911, M. Mars-Antony inaugure sa nouvelle galerie d’art Place du Parvis à Reims avec une exposition collective de quatre artistes rémois : Léon Chavaillaud (sculpture), Paul Bocquet (peinture), Georges Chauvet (art décoratif) et Madeleine Lacourt (aquarelles). Profitant des vastes surfaces mises à sa disposition, Bocquet expose quarante de ses œuvres, résumant toute sa carrière jusqu’alors. Des conférences et concerts accompagnent l’événement. La presse rémoise salue “le paysagiste charmeur dont on ne saurait se lasser”.
Le Premier Salon de Fontainebleau (1920)
En août–septembre 1920, Paul Bocquet — réfugié à Vulaines-sur-Seine pendant les années de guerre — participe au premier Salon de Fontainebleau, organisé dans la Salle des Fêtes du Théâtre. Il y expose trois toiles : Crépuscule dans la Forêt, La Neige dans le Parc et La Seine à Valvins. Sa femme contribue à l’organisation et assure parfois la garde de l’exposition. Une conférence de Moreau-Vauthier et un concert sont donnés au profit des Mutilés de Seine-et-Marne.
L'Exposition de l'Automobile-Club de Champagne (décembre 1934)
En décembre 1934, à l’initiative de M. Raymond Roche, directeur de l’Automobile-Club de Champagne, et sur les instances amicales de quelques admirateurs, Paul Bocquet — alors âgé de soixante-six ans — consent à présenter une trentaine de ses œuvres dans la grande salle du Cours Langlet. C’est sa première véritable rétrospective personnelle à Reims.
L’exposition va des premiers Togny de 1893 jusqu’aux dernières Vesle et Mont Joli de 1934. Bocquet lui-même dresse le plan des panneaux, refusant tout vernissage officiel, tout discours, toute publicité tapageuse. “Je dois lutter pour ne pas céder à la tentation de l’appât du gain et du j’m’en foutisme artistique”, écrit-il à sa fille.
Fernand Marson dans le Nord-Est et L. Vermesch-Robin dans l’Éclaireur sont élogieux. Ce dernier écrit : “C’est le premier mérite de M. Paul BOCQUET d’avoir tenté cette difficulté. Peut-être même pourrait-on dire qu’elle est d’autre nature que celle de saisir et de noter les ciels de Provence et d’Italie.”
Le XIIIe Salon des Arts Modernes à Reims (1943)
En mai–juin 1943, lors du XIIIe Salon d’Arts Modernes organisé par l’Union Champenoise des Arts Décoratifs, Paul Bocquet expose six toiles aux titres évocateurs : Impression de Printemps, deux Impressions d’Été, Automne à Villers-Allerand, Impression d’Hiver et Hiver au Crépuscule. L’Éclaireur note que “son pinceau ne faiblit pas” et salue “la vibration prolongée, ardente l’été, mélancolique l’hiver, de notre atmosphère de Champagne”.
La Grande Rétrospective du Musée de Reims (avril–juin 1950)
Trois ans après sa mort, le 22 avril 1950, s’ouvre au Musée de Reims la grande Rétrospective Paul Bocquet, inaugurée sous la présidence de Pierre Schneiter, ministre de la Santé Publique, en présence du maire de Reims Roger Jardelle. Due à l’initiative de son fils Louis-Paul et de René Druart, préparée avec la conservatrice Olga Popovitch, elle rassemble 130 tableaux couvrant plus d’un demi-siècle de création.
René Druart rédige une plaquette de référence — premier essai d’ensemble sur la vie et l’œuvre du peintre — distribuée lors de l’inauguration. Il y écrit : “À côté de l’interprète des bords de la Vesle, de la plaine et des coteaux rémois, un autre Paul BOCQUET va nous être révélé : celui, non plus de notre seule province, mais du territoire de la France en ses régions les plus distantes.”
À l’issue de l’exposition, le Conseil Municipal de Reims vote l’acquisition d’une toile pour les collections du Musée.
L'Exposition "Paysages Champenois" à l'Hôtel Le Vergeur (1959)
En juin 1959, neuf ans après la rétrospective du Musée, des toiles de Paul Bocquet figurent à l’exposition “Paysages Champenois”, organisée par René Druart et la Société des Amis du Vieux Reims à l’Hôtel Le Vergeur. Elles y voisinent avec des œuvres de paysagistes champenois de différentes générations — Barau, Guéry, Meslé, Massé, Daux — témoignant de la place durable de Bocquet dans la tradition picturale de la région.















