La Provence
Une lumière nouvelle dans l’œuvre du paysagiste
Dans l’œuvre de Paul Bocquet, les paysages de Provence constituent une parenthèse singulière. Le peintre, profondément attaché aux paysages de Champagne et aux rives de la Vesle, s’aventure rarement aussi loin de son territoire habituel. Pourtant, au début des années 1930, plusieurs toiles témoignent de séjours sur la côte méditerranéenne, notamment autour des Lecques et de La Ciotat.
Cette confrontation avec le paysage du Midi introduit dans son œuvre une lumière et des couleurs inhabituelles. Là où la Champagne lui offre des horizons doux, des tonalités grisées et des atmosphères diffuses, la Méditerranée impose un paysage plus contrasté : mer claire, rochers abrupts, végétation dense et pins tordus par le vent. La lumière y est plus dure, les ombres plus marquées, les couleurs plus franches.
Malgré cette transformation du motif, Bocquet ne modifie pas profondément sa méthode de travail. Fidèle à sa pratique du plein air, il cherche avant tout à saisir l’impression directe du paysage et l’accord des tons.
Cette liberté de la touche lui permet d’adapter son regard aux paysages méditerranéens tout en conservant la sensibilité qui caractérise l’ensemble de son œuvre.
Un paysage méditerranéen observé avec le regard du peintre du plein air
Malgré ce changement de décor, Bocquet reste fidèle à sa manière de travailler. Il observe longuement les variations de lumière et tente d’en saisir l’impression directe, principe qu’il évoquait lui-même en parlant de sa peinture :
« Je n’ai aucun système, par conséquent aucun métier, l’exécution étant imprévue comme la sensation… »
Face au paysage méditerranéen, cette approche donne naissance à des compositions où la couleur prend une intensité inhabituelle dans son œuvre. La mer, les pins et les rochers deviennent les éléments structurants du tableau, tandis que la lumière dure du littoral modifie l’équilibre des tons et renforce les contrastes.
Ainsi, certaines vues de la baie des Lecques montrent la mer calme observée à travers des troncs de pins tordus, la surface de l’eau apparaissant d’un bleu pâle presque irréel, révélant la singularité de cette lumière méditerranéenne.
Une peinture marquée par l’atmosphère forestière
Dans ces années de séjour à Fontainebleau, Paul Bocquet poursuit son travail de paysagiste avec la même fidélité au plein air. Les études qu’il réalise dans la forêt témoignent d’une attention renouvelée aux variations de lumière sous le couvert des arbres, aux chemins bordés de grands chênes ou de pins, et aux clairières baignées d’une lumière douce. Même loin de la Vesle et des paysages champenois, il conserve son approche fondée sur l’observation patiente et l’impression directe. Ses tableaux de Fontainebleau traduisent ainsi une adaptation sensible à un paysage plus dense et plus ombragé, où la lumière filtrée par le feuillage devient un élément central de la composition.
Pins sur la Côte d’Azur (1931)
La toile représente un aperçu de la mer vers le Bec de l’Aigle, près de La Ciotat, vu à travers des masses de pins aux tonalités verdoyantes et rougeâtres. Les feuillages agités par le vent structurent l’espace et ouvrent la composition vers l’horizon marin.
Cette peinture se distingue par une vigueur inhabituelle de la touche et par une coloration particulièrement riche. L’intensité des tons, la dynamique des branches et le contraste entre les masses végétales et la mer donnent à l’ensemble une énergie rare dans l’œuvre de Bocquet.
Présentée à deux reprises en 1932 — au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts puis à l’Exposition d’Arts Modernes de Châlons-sur-Marne — cette toile témoigne de l’intérêt porté à ces paysages méditerranéens dans la dernière période de sa carrière.
Une exception dans son parcours
Les paysages de Provence occupent ainsi une place singulière dans l’œuvre de Paul Bocquet. Ils montrent un artiste confronté à une lumière et à des couleurs très différentes de celles qui caractérisent les paysages de Champagne.
Mais même dans ce décor méditerranéen, Bocquet demeure fidèle à son approche : observer patiemment la nature, saisir les variations de l’atmosphère et traduire l’émotion du paysage par des accords subtils de couleurs et de lumière.
Ces toiles témoignent ainsi de la capacité du peintre à adapter son regard à un environnement nouveau tout en conservant l’essence de son langage pictural.









