Biographie

1868 - 1947

Paul Bocquet

Paul Bocquet est né à Reims, 10, rue Cérès, le 17 Octobre 1868. Il fut orphelin de bonne heure. Son père, qui était huissier, mourut lorsqu’il avait huit ans et sa mère quelques années après. Aîné de trois enfants, il fut recueilli avec eux par son grand-père maternel, Jean-Baptiste-Nicolas Langlet, lequel, après avoir été maître de fabriques, se partageait entre le courtage des laines et le conseil municipal. Sensible aux arts, collectionneur, le vieillard se plaisait à rencontrer chez son petit-fils de vives dispositions pour le dessin. A douze ans, il lui offrit une boîte de peinture. C’était alors un enfant timide et remuant, mais susceptible de se galvaniser pour faire preuve d’application et d’audace à la classe de dessin de M. Parmentier, dit Père Fusain, et d’y remporter la première place.

Portrait de Paul Bocquet à 22 ans, 1890

J.B. Nicolas Langlet mourut quand Paul avait dix-neuf ans. Les trois enfants furent alors pourvus d’un nouveau tuteur, leur oncle J.B. Langlet, médecin des hôpitaux et professeur à l’Ecole de Médecine, qui venait peu avant, en 1887, d’être élu député. En cet oncle, Paul Bocquet rencontrait, par bonheur encore, un juge favorable. Le maire de Reims de la Grande Guerre, qui devait sur la fin de sa glorieuse carrière assumer la conservation des Musées de Reims, avait le culte des arts. Il avait même pratiqué l’un d’entre eux, en s’adonnant au modelage.

Le grand-père maternel Jean-Baptiste Nicolas Timothée Langlet avait le goût des belles choses et des arts. Il avait beaucoup de sollicitude pour son petit-fils Paul dont il encouragea le penchant artistique dès sa plus tendre enfance. En 1876, alors que Paul était âgé de 8 ans, en vacances à Coeuvres, il lui écrivait de longues lettres pour lui apprendre à aiguiser son regard.

Après avoir fait éprouver les dispositions de son neveu par le bon peintre rémois Jules Collinet, il acquiesca à son désir d’embrasser la carrière artistique et de poursuivre à Paris ses études de dessin.

Des premiers pas à Paris

Fin 1888, le jeune artiste débarquait dans la capitale. Il commençait bientôt à suivre les cours de l’Académie Julian, qu’il fréquenta durant trois ans. Il allait, comme élève libre, dessiner d’après l’antique à l’Académie des Beaux-Arts. Il copiait les maîtres au Musée du Louvre. Le reste du temps, il travaillait près de son condisciple rémois et peintre Emile Wéry, dans un atelier commun.

D’aimables relations agrémentaient son labeur : par Henri Gentil, autre compatriote, il fut admis aux samedis de l’Imagier, rue de Rennes, chez les frères des Gachons, l’un André, enlumineur, l’autre Jacques, romancier. Il se lia avec eux et leurs hôtes, notamment le mariniste Richard Cordingley et le peintre et musicien Léonce de Joncières. C’était l’époque de la « Plume », du médiévalisme Rose-Croix. Par contre, il se détacha d’Emile Wéry et prit un atelier à son compte rue Campagne-Première.

En 1891 il fut reçu au Concours des Beaux-Arts, section peinture, mais l’enseignement officiel ne répondait pas à ses aspirations et, sitôt reçu, il démissionna.

A quelque temps de là, en décembre 1891, il découvrit un milieu plus conforme à ses idées : la Société de la Palette, 31, boulevard Berthier, dont un atelier était dirigé par Alfred Roll. Dans cet artiste robuste, ivre de lumière et de grand air, il reconnut son vrai maître. Il fit également appel aux conseils de l’éminent Puvis de Chavannes.

Bientôt Roll l’engagea à se présenter à la Société Nationale des Beaux-Arts, pour qui il fit quatre toiles pour le Salon de 1892. Il exposa la même année au Cercle Central des Lettres et des Arts, rue Vivienne ; l’année suivante, il était nommé associé de la Nationale.

« Je n'ai aucun système, par conséquent aucun métier, l'exécution étant imprévue comme la sensation… »

Portrait de Paul & Juliette le jour de leur mariage

Dès 1896, ayant quitté la Palette, il n’avait plus grandes raisons de rester à Paris.

Durant les neuf années que Paul Bocquet passa à Paris, il ne fut jamais rivé à la capitale. Il aurait pu, dans ses loisirs, installer son chevalet sur les quais, à Montmartre ou dans les vieux quartiers, mais son goût presque exclusif pour le paysage réclamait la pleine nature. Chaque hiver, il allait passer quelques semaines, à Togny-aux-Boeufs, au sud de Châlons, chez le docteur Lévêque, frère de sa tante Langlet. Malgré le froid, il y travaillait en plein air, en vue du Salon.

L’été, il se rendait généralement en Bretagne ; de 1892 à 1896, il séjourna à Erquy, Saint-Briac, Saint-Quay et Ploumanach. Il en rapporta de nombreuses pochades et quelques toiles plus poussées.

Dès 1896, ayant quitté la Palette, il n’avait plus grandes raisons de rester à Paris. Ce n’est toutefois que fin 1897 qu’il se décida à abandonner son atelier parisien pour en prendre un autre rue du Couchant, dans la ville de ses pères. Peu après leur mariage en 1898, Paul et Juliette Martin quittent la rue de Venise.

Ils habitent successivement rue du Couchant, rue Périn, séjournent à Fontainebleau pendant la guerre, puis la rue Libergier, face à la cathédrale. Artiste et musicienne, Juliette possédait les qualités d’esprit et de coeur et le dévouement éclairé qui ont sans nul doute eu la plus précieuse influence sur l’existence toute entière de Paul.

« Avant d’avoir peint… je passe mes journées à faire et à défaire… Je vois beaucoup trop… »

Si Paul Bocquet pouvait escompter les encouragements de ses compatriotes, ce n’était pourtant là qu’un des avantages de son retour. Le bénéfice essentiel de cette détermination, cétait de résider au coeur de cette région pour laquelle son pinceau semblait avoir été fait. A douze cents mètres de sa porte se trouvait ce Bois d’Amour où coule la Vesle, dont les bords ombragés n’avaient pas encore été distribués en jardins. Les méandres de la rivière multipliaient les points de vue riches en saules et en peupliers. D’autres perspectives s’offraient en amont, vers Cormontreuil.

Il se rendait souvent à Jonchery-sur-Vesle (dans l’Aisne) et séjournait auprès de sa belle-famille où des effets plus variés lui étaient commodément offerts. C’était un lieu rempli de l’expression artistique de chacun des membres de la famille (musique, chant, piano, peinture) au son de Schubert, Massenet, Niedermeyer, et Gounod. Enfin, la bicyclette et le train pouvaient rapidement le transporter dans la montagne de Reims et dans l’aimable région d’Hermonville.

Paul Bocquet et sa femme Juliette dans le jardin de leur maison de Coeuvres.

Une autre ressource s’offrait à lui, dont il profitait en été : au berceau de sa famille paternelle, chez une de ses tantes “Chretien” à Coeuvres. Ce village est situé entre Soissons et Villers-Cotterets dans l’Aisne, dans une région très boisée et qui, dans les mois chauds, constitue une oasis de fraîcheur. La vigueur et l’abondance de la végétation apportaient une heureuse diversion à sa palette accoutumée autour de Reims aux tons fins et légers.

« Si l’on écrivait quelque chose, je voudrais que dans le titre, il y ait le mot “plein-air” »

Un nouveau siècle

Les quatorze premières années de ce siècle représentent une des plus importantes périodes de la vie de l’artiste. Il se produisit tous les ans à Paris à deux Salons : celui de la Nationale et celui de l’Eclectique. Il prit part aux expositions rémoises de 1901, 1903 et 1908. En 1910, il réunit quarante toiles à la Galerie Mars-Antony et, à cette occasion, Auguste Dupouy, l’auteur des Peintres de la Bretagne, vint conférencier sur son oeuvre. Auparavant, celle-ci avait été abondamment “louée” en 1902, par Paul Despiques dans son Esthétique de la Champagne et en 1903 par Georges Périn dans son étude pour « la Plume » sur Les Peintres de la Champagne.

La guerre de 1914 interrompit sa carrière comme pour tous les habitants de notre malheureuse cité. Exilé quelques mois à Paris, puis à Fontainebleau, où il peignit et dessina surtout beaucoup en forêt, il dût y prolonger son séjour jusqu’en 1921 avant de rejoindre son nouveau logis rue Libergier, dont l’atelier avait été celui du peintre Charles Daux. Les Rémois reprirent l’habitude de le croiser aux portes de Reims muni de son attirail, et se rendant à ses sites favoris. Ils eurent aussi des occasions plus fréquentes de voir sa peinture grâce aux Salons de l’Union Champenoise, fondée en 1922, dont il était un des principaux exposants. Sa renommée prit une grande extension à cette époque.

Il fit quelques expositions particulières en 1923, 1927 et 1934. Cette dernière, présentée à l’Automobile-Club, fut la plus importante. C’est à cette époque, le 30 mars 1935, que lui fut remise la Croix de la Légion d’honneur pour son oeuvre de peintre paysagiste regional.

Paul Bocquet et son chevalet au champs de blé en été
Paul peint sur la plage des Lecques

Si, par dilection, l’artiste avait restreint son champ d’action aux alentours de Reims, le Midi lui offrait des perspectives nouvelles grâce au mariage d’une de ses filles. Il fit trois séjours aux Lecques, entre Marseille et Toulon, en 1928, 1931 et 1936. Les études qu’il en rapporta témoignent une fois de plus de sa vive compréhension de la nature. De la Provence, il exprima ses deux aspects extrêmes qui font sa saveur : d’une part l’extrême lumière amortissant les formes, les valeurs et les colorations ; d’autre part les rapports de tons vifs et chatoyants, lorsque le soleil fait trêve.

En 1940, une nouvelle occasion lui fit revoir le Midi. Lors de l’avancée allemande, il gagna Marseille pour se réfugier ensuite près de Severac-le-Château. De retour à Reims au début d’octobre, il se remit à l’oeuvre, malgré l’âge et une vue fatiguée ayant perdu un oeil plus tôt. Cette dernière infirmité semblait servir son dessein, qui était de se limiter alors à la représentation des objets et à leurs vibrations dans la lumière.

« Quand je vends un tableau, c’est comme si on me retirait un enfant. »

L’homme, au demeurant, restait tout entier, avec ses souvenirs précieux, sa malicieuse franchise, sa désarmante modestie et son besoin d’aimer. Plutôt que de chercher à s’apitoyer sur ses maux, il préférait parler de sa famille, car sa vie, c’était désormais ceux qui perpétuaient son sang, ses enfants et ses petits-enfants. La mort le ravit brusquement aux siens, en plein travail, le 7 septembre 1947.

Square Paul Bocquet à Reims
Plaque commémorative sur la maison de P.Bocquet
Le dernier tableau de Paul Bocquet – encore sur son chevalet