La Lorraine

Les années de formation et la découverte de l’horizon marin

Après un bref séjour à Paris, et après avoir chargé Collardeau, son encadreur, de présenter son prochain Salon au jury d’admission, il est invité à aller en Lorraine, à Grimonvillers, petit village non loin de Mirecourt, pays natal d’Aimé Henry, le mari de sa sœur Juliette. Il s’y rend au début d’avril 1897, saison des mirabelliers en fleurs. Il va en rapporter une petite étude, un arc-en-ciel, et une toile parmi les plus grandes : le clocher du village, les maisons groupées dans la vallée, une colline de Lorraine, tout cela vu à travers ce bouquet de neige légère et délicate, que sont ces arbres fruitiers en pleine floraison. Ce “Printemps en Lorraine” sera acheté en 1898 par la ville de Reims pour le Musée.

Arc-en-ciel en Lorraine, 1899 (Huile sur toile)
Grimonvillers en Loraine, 1903 (Huile sur toile)

Un paysage proche de la Champagne

Les paysages lorrains présentent pour Bocquet une certaine continuité avec ceux qu’il peint en Champagne. Les plaines, les vallées douces, les arbres isolés et les horizons ouverts offrent un terrain propice à l’observation des variations de lumière et d’atmosphère.

Dans ces toiles, le motif reste simple : champs, chemins, bosquets ou paysages légèrement vallonnés. L’artiste ne cherche pas le spectaculaire mais l’équilibre des formes et la justesse des tons. Cette approche correspond déjà à ce qui deviendra l’un des traits dominants de son œuvre : une peinture attentive aux nuances, aux transitions lumineuses et à l’impression directe du paysage.

Le printemps en Lorraine, 1897 (Huile sur toile, 170,5 x 140,5 cm)

Printemps en Lorraine – Grimonvillers (1897)

Parmi les paysages réalisés par Paul Bocquet à la fin du XIXᵉ siècle figure Printemps en Lorraine – Grimonvillers, daté de 1897. L’œuvre est mentionnée dans la liste chronologique des tableaux et a été présentée au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts en 1897.

Le tableau, de grand format (170 × 140 cm), appartient aujourd’hui aux collections du musée Saint-Denis de Reims.

Cette œuvre témoigne de l’intérêt de Bocquet pour les paysages de Lorraine à cette période de sa carrière. Comme dans d’autres toiles contemporaines, le peintre y observe la nature dans un moment saisonnier précis, ici celui du printemps. Le titre souligne cette attention aux transformations du paysage et aux variations de la lumière, qui constituent déjà l’un des axes majeurs de sa peinture.

Présenté au Salon de la Nationale, Printemps en Lorraine – Grimonvillers marque également l’inscription de Paul Bocquet dans le circuit artistique officiel de son temps, à un moment où il affirme progressivement son identité de paysagiste.

Une période de formation et d’affirmation

Les paysages de Lorraine appartiennent essentiellement aux années de formation de Bocquet. À cette époque, il développe une pratique régulière du travail en plein air et affine son regard sur la nature. Les études réalisées dans ces régions témoignent de cette recherche : elles permettent au peintre d’expérimenter la construction du paysage, l’équilibre des masses et les accords de couleurs.

Cette période correspond également au moment où l’artiste se détache progressivement de l’influence académique pour s’orienter vers une approche plus libre et plus sensible du paysage. Les motifs deviennent plus simples, la lumière prend une place plus importante, et la peinture cherche moins à décrire qu’à suggérer une atmosphère.

Paul Bocquet à son chevalet au champs de blé