Fontainebleau

1915 - 1921 : Un doux exil

La Première Guerre mondiale marque une rupture dans la vie de Paul Bocquet. Contraint de quitter Reims, gravement touchée par les bombardements, il se réfugie avec sa famille à Fontainebleau. De 1914 à 1921, il y séjourne longuement, découvrant un environnement naturel très différent de celui de la Champagne. La forêt, les chemins sablonneux, les rochers et les clairières remplacent les paysages ouverts et les rives paisibles qu’il fréquentait auparavant. Dans cet exil imposé, le peintre retrouve cependant un terrain d’observation privilégié : la forêt et le parc de Fontainebleau deviennent les nouveaux motifs de son travail.

Route de la roche-éponge à Fontainebleau, 1915 (Huile sur toile, 81 x 116 cm)

On y trouve grand calme et une nature délicieuse qui vous font oublier les misères de la guerre

– Paul à son oncle et père adoptif Jean-Baptiste Langlet.

Allée en forêt de Fontainebleau, 1919

Évolution stylistique — Regards croisés sur les différentes périodes

De ces six années vécues par Paul Bocquet et sa famille à Fontainebleau, quelques caractères essentiels doivent être mis en relief.
Il avait quarante-sept ans à son arrivée en 1915, près de cinquante-trois au moment du retour à Reims en 1921. Cette période, véritable coupure dans sa carrière de peintre champenois, est loin d’être indifférente, bien qu’elle soit mal connue. Il est vrai qu’elle a été dominée par les soucis et les angoisses de la guerre, par des difficultés matérielles et des ennuis physiques, ceux de sa vue en particulier, qui ont diminué, momentanément son activité picturale.

La laiterie du château de Fontainebleau, 1914 (Huile sur toile)

La laiterie du château de Fontainebleau, 1914 (Huile sur toile)

Une peinture marquée par l’atmosphère forestière

Dans ces années de séjour à Fontainebleau, Paul Bocquet poursuit son travail de paysagiste avec la même fidélité au plein air. Les études qu’il réalise dans la forêt témoignent d’une attention renouvelée aux variations de lumière sous le couvert des arbres, aux chemins bordés de grands chênes ou de pins, et aux clairières baignées d’une lumière douce. Même loin de la Vesle et des paysages champenois, il conserve son approche fondée sur l’observation patiente et l’impression directe. Ses tableaux de Fontainebleau traduisent ainsi une adaptation sensible à un paysage plus dense et plus ombragé, où la lumière filtrée par le feuillage devient un élément central de la composition.

Forêt de Fontainebleau en hiver, 1917 (Huile sur toile)
Sous-bois à Fontainebleau, 1908 (Huile sur toile, 33 x 41 cm)
Le banc au Parc de Fontainebleau, 1920
Fontainebleau en automne, 1917 (Huile sur toile)

Dans l’ensemble de son œuvre, ces tableaux occupent une place singulière. Bocquet est avant tout identifié comme un peintre des paysages champenois : plaines ouvertes, rives de la Vesle, marais et arbres isolés. À Fontainebleau, il découvre un environnement très différent. La forêt impose des compositions plus fermées, structurées par les troncs, les sous-bois et les clairières. La lumière ne se déploie plus sur de vastes horizons mais se filtre entre les feuillages. Cette transformation du motif ne modifie pourtant pas profondément son approche.

Du point de vue stylistique, les toiles de Fontainebleau prolongent les recherches qu’il mène depuis les années 1890. Bocquet ne cherche pas l’effet spectaculaire des paysages forestiers célèbres chez certains peintres de Barbizon ; il privilégie toujours les nuances, la douceur des transitions et les accords de tons. Même dans ce décor plus dense, son regard demeure attentif aux variations de lumière, aux harmonies de gris et aux vibrations colorées. Le paysage reste pour lui un espace de méditation plutôt qu’un motif dramatique.

L'allée du parc, 1920 (Huile sur toile, 46 x 55,5 cm)
Les rochers en foret de Fontainebleau en automne
Forêt de Fontainebleau, 1917 (Huile sur toile)
La forêt de Fontainebleau en hiver, 1917 (29,5 x 19,5 cm)
Forêt de Fontainebleau en hiver, 1917 (Huile sur toile)
La forêt de Fontainebleau en hiver, 1917 (Huile sur toile)
Carrefour à Fontainebleau, 1915 (Huile sur toile, 46 x 63 cm)
Le parc de Fontainebleau, 1910 (Huile sur toile, 73 x 54 cm)
Le grand chêne de la forêt de Fontainebleau en hiver, 1932 (39 x 32 cm)
Allée en forêt de Fontainebleau en automne
Les bouleaux en forêt de Fontainebleau, 1920
Fontainebleau, 1917 (Huile sur toile, 60 x 37 cm)