La Seine à Valvins

Un retour à l’eau après les années de guerre

Dans l’œuvre de Paul Bocquet, les paysages de la Seine à Valvins occupent une place brève mais significative. Ils apparaissent au lendemain de la Première Guerre mondiale, alors que le peintre séjourne encore dans la région de Fontainebleau. Après plusieurs années passées à explorer les paysages forestiers, il se tourne vers un motif nouveau : le large cours de la Seine au pont de Valvins, près de Samois.

Ce retour vers la rivière n’est pas anodin. Bocquet, dont une grande partie de l’œuvre s’est construite autour des rives de la Vesle, retrouve ici un paysage d’eau, de reflets et de lumière mouvante. Le motif lui offre des éléments familiers : surface calme de la rivière, berges végétales, peupliers alignés et horizon ouvert.

Bords de Seine près de Valvins, Huile sur toile

Pourtant, contrairement à certains paysages champenois, il ne réalise jamais de grandes compositions sur ce sujet. Les vues de la Seine à Valvins restent des œuvres de dimensions modestes, comme si l’artiste abordait ce motif avec la liberté de l’étude et du regard immédiat plutôt qu’avec l’ambition d’une composition monumentale.

La Seine à Valvins, 1921 (Huile sur toile, 40 x 26 cm)
Le pont sur la Seine à Valvins, 1931 (Huile sur toile)

Un motif unique dans son parcours

Le site de Valvins présente pourtant tous les éléments d’un grand paysage : l’ample plan d’eau de la Seine, le pont aux arches multiples, les berges bordées de verdure et les peupliers dont les feuillages prennent le soir des teintes dorées. Une petite barque, souvent amarrée au bord de l’eau — surnommée la “barque Zézette” — complète parfois la scène.

Bocquet dessine ce motif dans ses carnets et le peint à plusieurs reprises, observant les variations de la lumière estivale ou automnale sur l’eau. Le paysage évoque parfois, par sa composition et par la présence des peupliers alignés, certains bords du Loing peints par Alfred Sisley, notamment dans les vues estivales où la rivière devient un miroir lumineux.

Malgré ces affinités, le motif de Valvins reste isolé dans son œuvre. Il ne constitue pas une série durable comme les paysages de la Vesle ou de la Champagne, mais plutôt une parenthèse dans laquelle l’artiste retrouve, pour un temps, le thème de la rivière qui lui est si familier.

La Seine à Valvins (1920)

Parmi les œuvres réalisées sur ce motif figure La Seine à Valvins, datée de 1920.

Cette toile s’inscrit dans la période qui suit immédiatement la guerre, lorsque Bocquet retrouve progressivement une activité artistique plus stable. Le paysage présente la Seine dans un moment de calme, avec ses rives végétales et ses reflets lumineux.

L’intérêt du tableau réside moins dans la description détaillée du site que dans l’équilibre des masses et des tonalités. L’eau occupe une place centrale, reflétant le ciel et la végétation environnante, tandis que les arbres et les berges structurent l’espace. Comme dans ses paysages champenois, Bocquet privilégie l’accord général des couleurs et la sensation atmosphérique plutôt que l’effet spectaculaire.

La Seine à Valvins, 1920 (Huile sur toile)

Une variation dans l’œuvre du paysagiste

Les vues de la Seine à Valvins témoignent ainsi d’un moment particulier dans la trajectoire du peintre. Elles apparaissent après les années d’exil et de guerre, comme un retour vers un motif familier : la rivière et ses reflets.

Même si ce sujet ne deviendra jamais central dans sa production, il révèle la constance du regard de Bocquet. Que ce soit sur la Vesle, sur la Seine ou dans les paysages méditerranéens, l’artiste demeure fidèle à la même recherche : observer la nature avec patience et traduire la lumière dans ses variations les plus subtiles.

Bords de Seine et peupliers en été (Huile sur toile)
La Seine à Valvins, 1900 (Huile sur toile)
La Seine au pont de Valvin en hiver ((Huile sur carton, 32 x 40 cm)
La Seine à Valvins, 1921 (Huile sur toile, 27 x 41 cm)
Pont de Valvins, (Huile sur toile, 32 x 40 cm)
La Seine à Valvins, 1914 (Huile sur toile)